
Make in India, China+1 : pourquoi l'Inde est devenue le choix stratégique des industriels
Il y a dix ans, la Chine était la réponse automatique à toute question de sourcing industriel. Aujourd'hui, cette certitude s'est fissurée. Et l'Inde, portée par une politique industrielle volontariste et un contexte géopolitique qui lui est favorable, s'est imposée comme l'alternative la plus sérieuse. Ce n'est pas un effet de mode, c'est un basculement structurel qui redessine les chaînes d'approvisionnement mondiales.
La stratégie China+1 : de la réaction à la conviction
La logique China+1 est simple : ne plus dépendre d'un seul pays pour sa production, et qualifier un deuxième fournisseur dans une autre géographie. Ce réflexe est né de la pandémie, s'est accéléré avec les tensions commerciales sino-américaines, et s'est aujourd'hui transformé en politique d'entreprise durable.
Les entreprises européennes reviennent vers l'Asie pour leurs achats, mais avec un intérêt accru pour l'Asie du Sud-Est, et en particulier pour l'Inde. La raison est double : la compétitivité des coûts d'un côté, et de l'autre, un risque géopolitique perçu comme bien inférieur à celui que fait peser la Chine.
Les entreprises qui n'ont pas encore développé de sources alternatives opèrent dans une position structurellement fragile. Les plus avancées ne se contentent plus d'avoir un plan B , elles le qualifient, le testent, et l'activent progressivement, indépendamment de leur situation d'approvisionnement immédiate.
Make in India : comprendre la politique de Modi
Depuis 2014, le gouvernement indien a fait de la réindustrialisation l'une de ses priorités absolues. Lancée par le Premier ministre Modi en septembre 2014, la politique Make in India vise à faire de l'Inde un hub manufacturier mondial, avec pour objectifs de soutenir l'investissement, d'améliorer l'innovation et de construire des infrastructures de premier plan.
Les résultats sont tangibles dans certains secteurs. En 2014, l'Inde ne comptait que deux unités de fabrication de téléphones mobiles ; en 2024, ce nombre dépassait 200. L'Inde produit désormais 99 % des téléphones mobiles utilisés sur son marché intérieur, ce qui en fait le deuxième fabricant mondial.
Le moteur de cette transformation est le programme PLI, Production Linked Incentive. Conçu pour attirer les investissements étrangers et promouvoir la fabrication nationale, ce programme offre des incitations aux entreprises sur leurs ventes incrémentales de biens fabriqués localement. Il a été progressivement étendu à plus de dix secteurs, dont l'électronique, le textile et les produits chimiques.
Make in India 2.0 va plus loin encore, avec une National Manufacturing Mission qui cible des secteurs d'avenir comme les batteries pour véhicules électriques, l'hydrogène vert, le photovoltaïque et les matériaux avancés, en alignant la croissance industrielle avec les objectifs de neutralité carbone de l'Inde d'ici 2070.
Ce que ça veut dire concrètement pour une PME française
La combinaison China+1 et Make in India crée une convergence d'intérêts rare : l'Inde a besoin d'entreprises étrangères qui y produisent, et les entreprises françaises ont besoin de diversifier. Les deux parties ont une raison d'avancer ensemble.
Concrètement, cela se traduit par plusieurs avantages opérationnels. Les coûts de production restent 25 à 40 % inférieurs à ceux de la Chine sur de nombreuses catégories, textile, packaging, composants industriels. Le gouvernement Modi a mis en œuvre un plan d'investissement de 1 000 milliards de dollars pour moderniser les infrastructures indiennes, réduisant progressivement l'un des freins historiques au sourcing en Inde. Et avec l'accord de libre-échange UE-Inde signé en janvier 2026, les barrières douanières qui pénalisaient les échanges sont en train de tomber.
Les limites à connaître
Honnêteté oblige : Make in India n'a pas atteint tous ses objectifs initiaux. La part du secteur manufacturier dans le PIB indien est passée de 16,7 % en 2013-2014 à 15,9 % en 2023-2024, loin de l'objectif affiché de 25 %. Les infrastructures logistiques restent inégales selon les régions. Et la bureaucratie locale peut ralentir les premières démarches.
Ce sont précisément ces frictions, réelles mais surmontables, qui justifient de s'appuyer sur un partenaire présent sur le terrain, capable de naviguer dans l'écosystème local et d'identifier les fournisseurs qui ont déjà l'habitude de travailler avec des acheteurs européens.
Le bon moment, c'est maintenant
La fenêtre China+1 ne restera pas ouverte indéfiniment. Les entreprises qui auront qualifié leurs fournisseurs indiens en amont partiront avec une longueur d'avance en termes de coûts, de résilience, et de positionnement sur un marché qui va continuer à s'ouvrir.
L'Inde n'est plus une option de diversification. C'est devenu un choix stratégique. La question n'est plus "pourquoi l'Inde", c'est "pourquoi pas encore".


